Auto et vélo, dialogue de sourd

Le texte qui suit est publié suite au blogue d’une cycliste montréalaise qui s’en prend ouvertement aux automobilistes pour le difficile partage de la route en zone urbaine:

Salut à toi, ma chère 514 (tu permets que je t’appelle 514, après tout, on est devenus presque intimes après ta pluie de commentaires sur mon dos).
Tu sais, moi aussi, j’aime bien les clichés. Je suis de ceux qui croient, hé oui, en leur droit inaliénable d’avoir un char. Mais en revanche, pour éclairer ta lanterne, sache que je suis capable de sortir dans un resto sans me salir, que je lis le Devoir et d’autres journaux en dehors des quotidiens de Quebecor, que j’achète des paniers de légumes bios (probablement plus frais que les tiens parce qu’ils proviennent directement de mon Fermier de famille), et que j’aime bien aller au spectacle de temps en temps, sans me contenter des théâtres d’été et des humoristes en vogue. Crois-le ou non, j’ai une certaine culture, et j’ai la chance de faire le tour du monde pour boulot. Pas mal pour un « douche » du 450?
vélo-autoEn revanche, je ne ferai jamais comme toi. Pas question pour moi de payer 800 000$ pour un petit condo sur le Plateau, pas envie de passer mes 5 à 7 branchés dans les hauts lieux du Mile End, pas le goût de trouver la contreculture ou de lancer des tendances. Tu vois, toi aussi tu es un joyeux ramassis de clichés.
Maintenant qu’on se connait mieux, on peut se parler. Je suis du genre à céder le passage aux vélos, et à trouver que la loi du 1,50 mètre n’est que logique. Voilà qui fera sans doute ta journée.
Quand je suis arrêté à un feu rouge, et que tu viens balancer ton postérieur devant moi, tout enveloppé de son lycra étroit, je ne m’offusque pas. En fait, je me surprends parfois à admirer ce postérieur avec un petit sourire. On est « douche » ou on ne l’est pas (mais fais-moi croire que tu n’as jamais regardé des fesses dans un pantalon serré qui s’agite devant toi…).
Là où je me mets hors de moi, c’est quand tu te places directement devant moi, au lieu de te ranger un peu sur la droite, comme le veut la logique. Parce qu’à ce moment, tu imposes ton rythme à tout le monde au lieu de partager la voie comme tu le demandes. Tu vois, toi aussi tu peux respecter le 1,5m!
Ce qui me fait te souhaiter une soudaine crise de menstruations qui tachera à jamais ton joli short de compétition, c’est quand tu sors de nulle part, entre deux voitures, pour zigzaguer entres les voies d’un centre-ville déjà bondé.
Tu sais, il existe une petite chose appelée Code de la sécurité routière qui s’adresse, aussi, aux mordus de la pédale, ce qui vous oblige à vous arrêter aux feux rouges et à signaler vos intentions de tourner. Déjà, si je savais ce que tu veux faire, au lieu d’avoir l’impression de te voir surgir devant moi comme une puce sur un dos de chien, je pourrais plus facilement te céder le passage.
Là où j’espère que le plus violent orage coulera assez fort sur ta tête pour délaver ton joli casque de protection, c’est quand tu roules en bordure de rue, en pleine heure de pointe, alors que de l’autre côté on a aménagé, à même nos taxes communes, une jolie piste cyclable pour toi. Petit détail, il n’y a pas de portières qui ouvrent sur les pistes cyclables.
Enfin, ce qui me fait te souhaiter une crevaison, c’est quand je te croise, sur les routes de campagne, tentant de devenir nouveau champion du Tour de France, tout en roulant deux ou trois de large avec tes copains. Sans doute pour simuler un peloton.
C’est vrai, des cons qui ouvrent leur portière sans regarder, il y en a des tonnes. Mais j’espère, ma chère 514, que tu comprends qu’il y a aussi des vélos qui foncent quasi directement dessus. C’est vrai que si je te frappe, je passerai une mauvaise journée. Rappelle-toi cependant que tu en passeras une bien pire sous les roues de la voiture.
En passant, dernier détail, oui j’aime les voitures, c’est même mon job de les essayer. Je n’ai aussi pas le choix, le métro ne sort pas encore de ta valeureuse métropole pour desservir le reste de la province. Mais ça, c’est certain qu’avec ton Bixi de location, tu ne l’as jamais vu.
Et puis merde, si on au lieu de se lancer des vacheries, on faisait juste un petit peu plus attention tous les deux.

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